Musique et danse dites profanes, que sont-ce ?

partagez cet article.

La problématique de la musique et de la danse profanes s’impose à partir de plus ou moins récentes révélations scientifiques sur une spiritualité africaine proprement dite. Car il ressort de l’imposition de la foi chrétienne en Afrique que les populations de ce continent ne poussent pas aussi loin que possible la réflexion sur leur spiritualité d’avant l’ère chrétienne. Ils se contentent du statu quo et du fait accompli ayant perdu depuis des millénaires une grande partie de leur cosmogonie.

Nous allons parler ici du caractère profane de la musique et de la danse dans le contexte congolais.

L’origine de la musique remonte à la nuit des temps, depuis que l’homme est apparu sur la terre. «La musique est, comme le dit un écrivain français, peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées- la communication des âmes».

La musique fait partie de la vie des humains.

Cela dit, notre propos d’aujourd’hui ne concerne pas la musique toute seule, on lui a affublé d’un attribut profane. Que signifie donc profane ? « Qui est étranger aux choses sacrées, à la religion ou qui est en dehors de la sphère du sacré ». Ainsi l’on comprend déjà par cette définition du profane qu’il s’oppose au sacré.

Dans le contexte congolais, et peut-être aussi dans d’autres pays africains – je ne puis l’affirmer – toute musique qui ne loue point Dieu, ou plutõt disons mieux Jésus-Christ chez les Chrétiens, est foncièrement profane.

Certains observateurs pensent que cette musique qui se résume en des slogans qui frisent l’irrespect pour les uns, des danses qui miment la copulation pour les autres, et le dévêtement des danseuses, n’est nullement profane mais tout simplement irrévérencieuse.

Mais qu’est-ce qu’est le sacré ? Le sacré est lié à la religion. Partant de cette affirmation la vision que l’on projette sur la musique dite profane est subjective. Si l’on est chrétien, cette bonne musique qui chante la vie quotidienne, les amours des uns et les déboires des autres, les réflexions des hommes et des femmes est malgré tout profane. Parce que la musique doit exclusivement se concentrer sur les louanges et adorations à Jésus-Christ. Comment donc ? Le contenu de cette musique dite profane ne reflète-t-elle pas de temps à autre ou ne puise-t-elle pas quelquefois sa sagesse dans les écritures dites saintes et qu’on ne devrait pas faire de l’amalgame ? Pourquoi alors cette chasse aux sorcières ? Parce que le mouvement religieux est sectaire. En d’autres termes il démontre, on l’a assez souligné à travers les âges, que la discussion est proscrite, que cette parole fait foi et loi dans la sphère spirituelle et mentale des hommes et des femmes, et ce pendant plusieurs siècles à tel point que l’on a connu l’inquisition, les proscriptions etc. Et parce que c’est divin. Et cela devrait tout regler. Mais l’on sait aujourd’hui que tout cela est faux et n’avait été que les volontés des hommes.

En définitive, Dieu existe et a créé l’homme au dedans duquel la musique demeure, et sa volonté ou si nous voulons ses préceptes sont enfouis dans l’homme. Prétendre que la musique ne se justifie que lorsqu’on loue Dieu est une acception qui en lui-même porte le doute dans la mesure où la musique est aussi censée égayer l’humanité. De nos jours, les chrétiens dansent et s’égayent dans les églises avec de la musique dite sacrée, qui ne diffère de la musique dite profane que par les paroles des chansons. L’expérience nous révèle que même sans religion, l’homme sait distinguer le bien du mal et agir en conséquence. En revanche avec la religion, l’homme est prisonnier dans sa pensée et s’irresponsabilise. Enclin à commettre le mal, l’homme méchant ne peut subir la conséquence de ses actes, parce que la religion lui promet un pardon facile au nom d’un fils de Dieu, et le paradis par-dessus tout.

Mais, bon, disons-le, que se passerait-il si ce fils de Dieu, en fait, n’ait jamais existé? Et le paradis, et l’enfer, et tous ces mensonges qu’on attribue à Dieu ? De nos jours, les données scientifiques étayées par l’histoire et l’archéologie mettent en doute cette belle phraséologie biblique sur ses personnages centraux tels qu’Azar, la prétendue esclave egyptienne, mère d’Ismaẽl et seconde épouse d’Abraham, Moïse délivrant son peuple de l’esclavage dans un pays qui ne connaissait pas l’esclavage etc jusqu’à Jésus lui-même. Même si les exégètes s’accrochent aux textes des Scribes.

L’ irréligieux ne connait pas de musique profane ni de la musique dite révélée. Il ne reconnait tout simplement que le pouvoir de la musique.

Quant en ce qui concerne la danse, la réflexion est : s’il y a une danse profane, il doit nécessairement avoir une danse sacrée. Laquelle ? Personne jusqu’à ce jour ne l’a signifié dans les religions dites révélées. À ma connaissance, la Bible n’en parle pas, je ne sais pas ce qu’il en est du Coran et de la Torah. Les danses admises par lesquelles les fidèles prétendent louer Dieu sont celles issues de l’invention des hommes. Ne sont-ce pas ces mêmes danses qui s’exhibent dans les assemblées de Dieu ? Au Congo démocratique, la danse du ventre et des hanches domine. Elle a traversé le temps jusqu’à l’imposition à nos ancêtres du Christianisme et de l’Islam par la violence et que nous avons par la suite héritée.

Et pendant des siècles qu’ont vécu nos ancêtres personne ne s’est offusqué de ces danses. Ces derniers ne pouvaient penser lier une manifestation culturelle à un acte de procréation comme les religions le font aujourd’hui, en quête peut-être d’une sanctification mal pensée. Même le grand conteur congolais de l’autre côté du fleuve, Georges Embana(2), un intellectuel pétri de valeurs ancestrales et qui nous faisait revivre en son temps les faits et gestes, la philosophie et la sagesse de nos ancêtres, était tombé dans le même panneau de l’incompréhension quand il fustigeait la danse d’un groupe musical de la place(3) Langa Langa Stars disant: «Mbiri-Mbiri mabina ma nsoni»(4) une danse honteuse.

L’ on pourrait craindre qu’il s’agît plutôt là d’une vision religieuse de la chose que d’un regard objectif. Pourtant la danse est gestuelle et rythmique. C’est le regard ou la pensée que l’on projette sur une danse quelconque qui l’emporte sur la classification, c’est-à-dire de ce que l’on décide.

Une réflexion pour conclure : « Avons-nous jamais essayé de nous poser cette question simple : « Dansons-nous en toute conscience et en toute honnêteté pour Dieu dans les assemblées ou tout simplement pour notre propre satisfaction ?»

Bonne journée.

Bababebole Kadite

—————————————————————————————————————————————————-

(1) Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, la Prisonnière, Gallimard
(2) Georges Embana, journaliste congolais de Brazzaville, conteur.
(3) Langa Langa Stars, orchestre congolais des années
(4) Mbiri, danse de Langa Langa Stars

Facebook Comments

0 0 votes
Article Rating
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x
()
x